Vous mettez 200 € de côté chaque mois. Au bout de vingt ans, vous aurez versé 48 000 €. Mais ce que vous retrouverez dépend du taux, de la durée, des frais et de l’enveloppe où l’argent dort.

La mécanique : des intérêts qui produisent des intérêts
Un placement à intérêts simples rapporte chaque année le même montant, calculé sur le capital de départ. Un placement à intérêts composés rapporte chaque année sur le capital et sur les intérêts déjà gagnés. La première année, la différence est invisible. Après vingt ans à 6 %, les intérêts font presque la moitié du résultat.
Vous n’avez pas à faire ce calcul : le simulateur d’intérêts composés l’applique à vos chiffres, année par année, dans votre navigateur. La formule figure sous le tableau de l’exemple.
Une règle approchée aide à sentir l’effet du taux : un capital placé double en environ 72 ÷ taux années. À 2 %, il faut trente-six ans ; à 4 %, dix-huit ; à 6 %, douze. Doubler le taux divise par deux le temps nécessaire, et c’est cette asymétrie qui rend les écarts de rendement si visibles sur vingt ans.
200 € par mois, trois taux, vingt ans
Prenons Samir, 35 ans, qui verse 200 € chaque mois pendant vingt ans, sans capital de départ. L’exemple est fictif, les montants arrondis à l’euro. Les trois taux, 2 %, 4 % et 6 % par an, sont des hypothèses de calcul, supposées constantes sur vingt ans. Aucun placement ne les garantit : plus le rendement espéré est élevé, plus la valeur peut varier en chemin, à la baisse comme à la hausse.
| À 2 % par an | À 4 % par an | À 6 % par an | |
|---|---|---|---|
| Capital au bout de 10 ans | 26 519 € | 29 339 € | 32 495 € |
| Capital au bout de 20 ans | 58 846 € | 72 768 € | 90 688 € |
| Dont intérêts | 10 846 € | 24 768 € | 42 688 € |
| Part des intérêts dans le capital | 18 % | 34 % | 47 % |
Taux annuel constant, versements en fin de mois, intérêts capitalisés chaque mois, avant frais, inflation et impôt. Formule : capital = M × [(1 + r)^n − 1] ÷ r, pour un versement mensuel M pendant n mois, avec un taux mensuel r = (1 + t)^(1/12) − 1 ; pour 4 % par an, r vaut 0,327 %.
Entre 2 % et 6 %, les versements sont identiques, mais le capital final diffère de 31 842 €. Passer de 4 % à 6 % ne rapporte pas « un peu plus » : les intérêts augmentent de 72 %. Avec les mêmes versements, un écart de rendement produit donc une différence importante après vingt ans. Le montant épargné reste tout aussi déterminant : à taux et durée identiques, doubler les versements double le capital obtenu.
La durée compte autant que le taux
Regardez la ligne des dix ans : à 4 %, Samir a 29 339 € pour 24 000 € versés, soit 5 339 € d’intérêts. Les dix années suivantes lui rapportent 19 429 € d’intérêts, presque quatre fois plus, pour les mêmes 24 000 € versés. Les intérêts de la seconde décennie se calculent sur un capital déjà constitué.
S’il poursuivait dix ans encore, jusqu’à 65 ans, le capital à 4 % atteindrait 137 054 € pour 72 000 € versés. La troisième décennie seule apporterait 64 286 €, dont 24 000 € de versements. Commencer tôt, même avec de petites sommes, laisse plus de temps aux intérêts pour en produire à leur tour.
Ce que les frais retirent
Les frais se prélèvent sur le capital chaque année, et donc aussi sur les intérêts qu’il aurait produits. Un placement qui rapporte 6 % brut avec 1 % de frais annuels rend environ 5 %, exactement 4,94 % si les frais sont prélevés sur le capital après le rendement (1,06 × 0,99). Au taux exact de 4,94 %, Samir obtient 80 627 € au lieu de 90 688 € : 10 061 € de différence sur vingt ans, pour un point de frais qui paraît modeste.
Les frais à lire dans un document d’information sont les frais d’entrée, prélevés sur chaque versement, les frais de gestion annuels du contrat ou du compte, et les frais propres à chaque fonds. Ces trois lignes s’additionnent. Un écart de 0,5 point par an entre deux offres comparables se chiffre en milliers d’euros sur vingt ans.
Les frais d’entrée pèsent moins qu’ils ne paraissent sur une longue durée, parce qu’ils ne se prélèvent qu’une fois sur chaque versement. Les frais annuels pèsent chaque année, sur un capital qui grossit : ce sont eux qu’il faut lire en premier.
Ce que l’inflation retire
Un capital de 72 768 € dans vingt ans n’achète pas ce que 72 768 € achètent aujourd’hui. La Banque centrale européenne vise une inflation de 2 % par an. À ce rythme, les prix sont multipliés par 1,486 en vingt ans, et les 72 768 € de Samir valent l’équivalent de 48 971 € d’aujourd’hui.
Autrement dit, à 4 % de rendement et 2 % d’inflation, le rendement réel est d’environ 2 % par an : le capital vaut 48 971 € d’aujourd’hui, contre 39 604 € si l’épargne de Samir n’avait fait que suivre les prix, soit un gain réel d’environ 9 400 €. À 2 % de rendement, le placement suit tout juste les prix : chaque euro versé se retrouve, à la sortie, avec le pouvoir d’achat qu’il avait le jour du versement, pas davantage. La différence entre le taux du placement et l’inflation, le rendement réel, est le chiffre qui dit si l’on s’enrichit.
Ce que l’impôt prend, selon l’enveloppe
Les 24 768 € d’intérêts du cas à 4 % ne sont pas imposés de la même façon selon l’endroit où ils sont nés. Les règles ci-dessous sont celles en vigueur en 2026, pour un retrait total en une fois, pour une personne seule.
| Enveloppe | Règle en vigueur en 2026 | Impôt et prélèvements | Capital net |
|---|---|---|---|
| Livret A | Intérêts exonérés, taux de 1,7 % depuis le 1er août 2026, plafond 22 950 € de versements | 0 € | Le plafond ne permet pas d’y verser 48 000 € |
| Compte-titres ou livret bancaire | Prélèvement forfaitaire unique : 12,8 % d’impôt + 18,6 % de prélèvements sociaux (CGI art. 200 A) | 7 777 € | 64 991 € |
| Assurance-vie de plus de 8 ans | Abattement de 4 600 €, puis 7,5 % d’impôt sous 150 000 € de versements, pour les versements faits depuis le 27 septembre 2017 ; 17,2 % de prélèvements sociaux sur tous les gains (CGI art. 125-0 A) | 5 773 € | 66 995 € |
| PEA de plus de 5 ans | Exonéré d’impôt sur le revenu ; 18,6 % de prélèvements sociaux (CGI art. 157) | 4 607 € | 68 161 € |
Calcul : 24 768 € × 31,4 % ; (24 768 − 4 600) × 7,5 % + 24 768 × 17,2 % ; 24 768 × 18,6 %. Les taux sont ceux de 2026, appliqués par hypothèse à un retrait dans vingt ans, si les taux ne changent pas. Le PEA n’accueille que des actions européennes et des fonds éligibles ; son résultat dépend des marchés.
Entre le compte-titres et le PEA, l’écart d’impôt atteint 3 170 € pour les mêmes gains. L’enveloppe ne change pas le rendement, mais elle change ce qu’il en reste. L’article PER ou assurance-vie compare les deux autres enveloppes de long terme, et le guide Les enveloppes d’épargne les passe en revue une à une.
Le dossier « Préparer ma retraite » reprend ce calcul sur vos versements réels, année après année, jusqu’à la date de départ que vous visez : la page du projet.
À 4 %, mes 200 € par mois donnent 72 768 € en vingt ans : est-ce ce que j’aurai vraiment ?
Voir la réponseMasquer la réponse
Non, c’est le capital avant frais, inflation et impôt. Un point de frais annuel en retire environ 7 400 € (65 371 € au lieu de 72 768 €, en retranchant un point au taux), 2 % d’inflation ramènent le pouvoir d’achat à environ 49 000 € d’aujourd’hui, et l’impôt sur les gains dépend de l’enveloppe.
Information générale sur le droit français en vigueur à la date de publication, pas un conseil personnalisé. Les situations et montants des exemples sont fictifs. Pour une décision qui vous engage, consultez un notaire, un avocat ou un conseiller en gestion de patrimoine.
Sources
- Service-public, Impôt sur les revenus de placements : prélèvement forfaitaire unique et prélèvements sociaux en 2026
- Service-public, Plan d’épargne en actions (PEA) : plafonds et retraits
- Service-public, Assurance-vie : imposition des gains en cas de rachat
- Service-public, Livret A : taux, plafond et exonération
- Banque centrale européenne, Politique monétaire : l’objectif d’inflation de 2 %


