À quel âge pouvez-vous partir, et avec quelle pension ? La réponse tient à trois chiffres : votre âge légal, qui dépend de votre année de naissance, le nombre de trimestres exigés pour le taux plein, et l’écart entre les deux au jour du départ. Les règles ont changé avec la réforme de 2023, puis avec la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026.

Trois âges à ne pas confondre
Les règles qui suivent sont celles de la pension de base des salariés du régime général ; la complémentaire Agirc-Arrco a les siennes. L’âge légal est l’âge à partir duquel vous avez le droit de demander votre retraite, sans garantie de taux plein (CSS art. L161-17-2). Le taux plein est le taux maximal de la pension de base, 50 % du salaire annuel moyen des vingt-cinq meilleures années ; il s’obtient en réunissant un nombre de trimestres qui dépend de votre génération (CSS art. L161-17-3). L’âge du taux plein automatique, 67 ans, est celui où la décote disparaît quel que soit votre nombre de trimestres.
Partir à l’âge légal sans tous ses trimestres est possible, mais la pension est alors réduite, et pour toujours. Partir plus tard que nécessaire l’augmente. Entre ces deux bornes, chaque trimestre pèse.
L’âge légal et les trimestres selon la génération
La réforme de 2023 relevait l’âge légal de trois mois par génération, de 62 ans pour les personnes nées avant septembre 1961 jusqu’à 64 ans pour celles nées à partir de 1968, et portait la durée exigée à 172 trimestres dès la génération 1965. La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 a suspendu ce calendrier à partir de la génération 1964 : chaque génération part trois mois plus tôt que prévu, et l’âge de 64 ans ne s’applique qu’à partir de la génération 1969.
La durée exigée ne bouge pas de la même façon pour tous. Elle reste à 170 trimestres pour les personnes nées de 1963 au 31 mars 1965, au lieu de 171 pour la génération 1964 et de 172 pour le début de 1965, et à 171 trimestres pour celles nées d’avril à décembre 1965, au lieu de 172. À partir de la génération 1966, elle est de 172 trimestres, comme avant la suspension. Ces règles valent pour les pensions prenant effet à compter du 1er septembre 2026 (CSS art. L161-17-2 et L161-17-3).
| Année de naissance | Âge légal | Trimestres exigés |
|---|---|---|
| Du 1er septembre au 31 décembre 1961 | 62 ans et 3 mois | 169 |
| 1962 | 62 ans et 6 mois | 169 |
| Du 1er janvier 1963 au 31 mars 1965 | 62 ans et 9 mois | 170 |
| Du 1er avril au 31 décembre 1965 | 63 ans | 171 |
| 1966 | 63 ans et 3 mois | 172 |
| 1967 | 63 ans et 6 mois | 172 |
| 1968 | 63 ans et 9 mois | 172 |
| À partir de 1969 | 64 ans | 172 |
Salariés du régime général. Les carrières longues, le handicap, l’inaptitude et l’incapacité d’origine professionnelle ouvrent des départs plus tôt, à d’autres conditions.
Le guide La retraite en chiffres rassemble ces repères avec les montants de pension, et le relevé de carrière disponible sur info-retraite.fr donne vos trimestres validés à ce jour.
La décote : ce qu’un trimestre manquant retire
Si vous partez entre l’âge légal et 67 ans sans le nombre de trimestres exigé, le taux de 50 % est réduit de 0,625 point par trimestre manquant, soit 1,25 % du taux par trimestre. Le nombre de trimestres manquants retenu est le plus petit de deux : ceux qui vous séparent de la durée exigée, ou ceux qui vous séparent de vos 67 ans. Il est plafonné à 20, ce qui fixe le taux minimal à 37,5 %.
La décote n’est pas la seule perte. La pension se calcule aussi au prorata des trimestres validés sur les trimestres exigés : avec 166 trimestres sur 172, la pension est multipliée par 166/172, décote ou non. Les deux effets se cumulent, et la retraite complémentaire Agirc-Arrco applique son propre coefficient de minoration en cas de départ avant le taux plein.
La surcote : ce qu’un trimestre de plus ajoute
Si vous continuez à travailler après l’âge légal alors que vous avez déjà tous vos trimestres, chaque trimestre civil entier cotisé en plus majore la pension de base de 1,25 % (CSS art. L351-1-2). Quatre trimestres de plus, c’est 5 % de pension en plus, pour toute la durée de la retraite.
La surcote ne s’applique qu’aux trimestres postérieurs à l’âge légal et à la durée exigée : travailler plus tôt ou sans avoir le compte ne la déclenche pas. Elle est sans plafond de durée, et se cumule avec la pension complémentaire, qui continue d’accumuler des points.
Un exemple : Hélène, née en 1966
Hélène est née le 15 mars 1966. Son âge légal est 63 ans et 3 mois, atteint le 15 juin 2029 ; sa retraite pourrait prendre effet le 1er juillet 2029. Sa génération doit réunir 172 trimestres. À cette date, elle en aura 166 : il lui en manque 6 pour la durée, et 15 pour atteindre 67 ans ; on retient 6. Son salaire annuel moyen est de 30 000 €. L’exemple est fictif.
Si elle part en juillet 2029, son taux est de 50 % − 6 × 0,625 = 46,25 %. Sa pension de base annuelle est de 30 000 € × 46,25 % × 166/172 = 13 391 €, soit 1 116 € par mois. Si elle travaille six trimestres de plus, jusqu’à 64 ans et 9 mois, elle atteint 172 trimestres et le taux plein : 30 000 € × 50 % = 15 000 €, soit 1 250 € par mois.
| Départ | Trimestres | Taux | Pension de base par mois |
|---|---|---|---|
| Juillet 2029, à 63 ans et 3 mois | 166 sur 172 | 46,25 %, décote de 6 trimestres | 1 116 € |
| Janvier 2031, à 64 ans et 9 mois | 172 sur 172 | 50 %, taux plein | 1 250 € |
| Janvier 2032, à 65 ans et 9 mois | 176 sur 172 | 50 % majoré de 5 % de surcote | 1 313 € |
| Avril 2033, à 67 ans, sans travailler davantage | 166 sur 172 | 50 %, décote effacée, prorata maintenu | 1 206 € |
Calculs : 30 000 × 46,25 % × 166/172 ; 30 000 × 50 % ; 15 000 × 1,05 ; 30 000 × 50 % × 166/172, le tout divisé par 12. Salaire annuel moyen de 30 000 € et règles supposés inchangés quelle que soit la date, tous les trimestres validés au régime général. Hors retraite complémentaire, hors majoration pour enfants, hors revalorisations.
Entre le premier et le deuxième départ, dix-huit mois de travail de plus valent 134 € de pension par mois, à vie. Attendre 67 ans sans travailler efface la décote, mais pas le prorata : Hélène toucherait 1 206 € après trois ans et neuf mois sans pension ni salaire. Le choix dépend de sa santé, de son emploi et de ses autres ressources ; les chiffres, eux, se posent avant.
Le simulateur « Ma retraite » de l’application (Platinum), dans le parcours du même nom, fait ce calcul avec votre relevé, votre salaire et votre date de départ. Sur le site, le simulateur d’intérêts composés chiffre ce que l’épargne mise de côté d’ici le départ peut ajouter à la pension.
Ce que les chiffres ne disent pas seuls
Le relevé de carrière peut comporter des trimestres oubliés : service militaire, périodes de chômage indemnisé, congés maternité, années à l’étranger. Les vérifier et les faire corriger vaut parfois un ou deux trimestres, soit trois à six mois d’attente en moins. Les parents bénéficient en outre de majorations de durée d’assurance, qui comptent pour le taux mais pas pour l’âge légal.
Racheter des trimestres d’études ou d’années incomplètes est possible, à un prix qui dépend de l’âge et du revenu ; l’article Racheter des trimestres aide à réunir les informations avant de décider. Enfin, la pension de base n’est qu’une partie du revenu de retraite : la complémentaire, une éventuelle réversion et l’épargne constituée s’y ajoutent.
Le dossier « Préparer ma retraite » compare trois âges de départ sur votre relevé, décote ou surcote comprises, puis mesure ce que la pension couvrira de votre budget : la page du projet.
Si je pars avec une décote, retrouverai-je une pension entière à 67 ans ?
Voir la réponseMasquer la réponse
Non. La décote fixée au jour du départ s’applique pour toute la retraite ; seule une personne qui attend 67 ans pour liquider part sans décote, mais avec le prorata de ses trimestres validés.
Information générale sur le droit français en vigueur à la date de publication, pas un conseil personnalisé. Les situations et montants des exemples sont fictifs. Pour une décision qui vous engage, consultez un notaire, un avocat ou un conseiller en gestion de patrimoine.
Sources
- Service-public, Tableau : conditions d’attribution d’une retraite à taux plein du salarié, par année de naissance
- Service-public, À partir de quel âge un salarié peut-il partir en retraite ?
- Service-public, Retraite du salarié : qu’est-ce que la décote ?
- Service-public, Retraite du salarié : qu’est-ce que la surcote ?
- Légifrance, Code de la sécurité sociale art. L161-17-3 : durée d’assurance exigée par génération, version issue de la LFSS pour 2026


