Chef d’entreprise : 11 points qui protègent l’affaire et la famille
Une entreprise engage tout : vos revenus, votre couple, votre patrimoine personnel et, un jour, votre succession. Voici onze points qui se préparent tôt, du statut choisi à la création jusqu’à la transmission.
Pour quiToute personne à son compte ou à la tête d’une société, de l’entrepreneur individuel au dirigeant de PME, et son conjoint.
- 1Le statut du dirigeantGratuit
- 2Se payer : salaire ou dividendesGratuit
- 3La prévoyance du dirigeantGratuit
- 4Ce que versent vraiment les régimes obligatoires, en chiffres 2026Gratuit
- 5L’entreprise et le coupleGratuit
- 6La caution et le patrimoine personnelGratuit
- 7Le compte courant d’associéGratuit
- 8Transmettre à un seul enfant : donation-partage, soulte et démembrementGratuit
- 9Transmettre l’entreprise à ses enfantsGratuit
- 10Vendre, ou que l’entreprise survive au dirigeantGratuit
- 11La garantie d’actif et de passif, ligne à ligneGratuit
11 points pour comprendre le sujet
Le statut du dirigeant
Travailleur non salarié ou assimilé salarié : environ 45 % de cotisations sur le net d’un côté, 75 % de l’autre, pour deux protections différentes.
Le gérant majoritaire de SARL et l’entrepreneur individuel sont travailleurs non salariés. Ils cotisent moins, et acquièrent en général moins de droits à la retraite complémentaire.
Le président de SAS ou de SASU relève du régime des salariés, sans assurance chômage. Ses cotisations sont plus lourdes, surtout pour la retraite. En arrêt, en invalidité ou au décès, l’écart entre les deux statuts dépend du revenu et des plafonds de chaque régime : il se compare risque par risque, comme au point « Ce que versent vraiment les régimes obligatoires ».
Seuls les travailleurs non salariés, hors micro-entreprise, peuvent déduire de leur bénéfice des contrats de prévoyance individuels.
Ce que ça coûte Découle de la forme de la société et de la part du capital détenue. En changer suppose de transformer la société ou de revoir la répartition du capital.
- Pour qui
- Tout créateur, avant de choisir la forme de sa société, et tout dirigeant dont la famille dépend de son revenu.
- Ce que ça change
- Le statut fixe à la fois ce que coûte chaque euro de rémunération et ce que la famille reçoit si le dirigeant s’arrête ou disparaît. Un statut peu protecteur laisse un écart de couverture que seul un contrat de prévoyance vient combler.
- Peut-on revenir en arrière
- Possible, mais lourd : transformer la société ou revoir la répartition des parts, avec des frais et des conséquences fiscales à mesurer.
CSS art. L.311-3 · CSS art. L.611-1 · CGI art. 154 bis
Se payer : salaire ou dividendes
Le dividende coûte souvent moins cher aujourd’hui, et rapporte beaucoup moins demain.
La rémunération supporte des cotisations, mais elle ouvre des droits : retraite, indemnités en cas d’arrêt, capital décès. Le dividende est taxé à 31,4 % en 2026 et ne construit en principe aucun droit.
Pour le gérant majoritaire de SARL, une partie des dividendes supporte les cotisations sociales, comme un revenu d’activité, et ouvre alors des droits. C’est la part qui dépasse 10 % du capital social, des primes d’émission et des sommes laissées en compte courant. Avec un petit capital, l’avantage fond.
Ce que ça coûte Un arbitrage qui change chaque année avec le bénéfice, le taux d’imposition et les besoins du foyer.
- Pour qui
- Les dirigeants dont la société est soumise à l’impôt sur les sociétés et qui peuvent choisir la forme de leurs revenus.
- Ce que ça change
- Un dirigeant payé uniquement en dividendes peut atteindre la retraite avec très peu de trimestres, et laisser sa famille sans indemnités s’il tombe malade. L’économie de cotisations d’aujourd’hui se paie en droits perdus.
- Peut-on revenir en arrière
- Libre d’une année sur l’autre. Mais les trimestres qui n’ont pas été acquis ne se rattrapent qu’au prix fort. Et les années sans affiliation, faute de rémunération, ne peuvent pas être rachetées.
CSS art. L.131-6 · CGI art. 200 A · CGI art. 158, 3
La prévoyance du dirigeant
Un artisan ou un commerçant en arrêt touche au plus 65,84 € par jour en 2026 après 3 jours de carence : un contrat peut réduire l’écart, selon son montant garanti, ses délais et ses exclusions.
Un travailleur non salarié en arrêt perçoit des indemnités calculées sur un revenu plafonné, après un délai de carence. En cas de décès, le capital versé par son régime reste modeste.
Un contrat de prévoyance complète l’arrêt de travail, l’invalidité et le décès.
Deux délais s’y lisent différemment. La franchise court à partir du jour d’arrêt, la carence à partir de la signature. Certaines pathologies ont une carence plus longue.
Ce que ça coûte Pour un travailleur non salarié imposé au réel, les cotisations se déduisent du bénéfice, dans un plafond. En micro-entreprise, aucune déduction. À la souscription, un questionnaire de santé : une fausse déclaration intentionnelle annule le contrat ; une erreur de bonne foi réduit l’indemnité ou permet à l’assureur de résilier.
- Pour qui
- Tout dirigeant dont le revenu fait vivre la famille, et plus encore s’il a des emprunts personnels ou professionnels.
- Ce que ça change
- Sans contrat, quelques mois d’arrêt suffisent à désorganiser les finances du foyer. Avec un contrat mal choisi, la franchise ou la carence peuvent absorber tout l’arrêt.
- Peut-on revenir en arrière
- Le contrat se modifie ou se résilie. En revanche, retrouver une couverture après un problème de santé devient difficile ou coûteux.
CSS art. L.622-1 · CGI art. 154 bis · C. assur. art. L.113-8
Ce que versent vraiment les régimes obligatoires, en chiffres 2026
Indemnités plafonnées, capital décès de quelques milliers d’euros, invalidité à 2 000 € par mois au mieux : les montants que la prévoyance a pour mission de compléter.
Pour un artisan ou un commerçant, l’indemnité journalière vaut 1/730e du revenu moyen des trois dernières années, au plus 65,84 € par jour en 2026. Rien n’est versé sous 4 582 € de revenu annuel moyen, soit dix pour cent de la moyenne des plafonds des trois années. L’indemnité commence après trois jours de carence et dure 360 jours au plus sur trois ans. Une profession libérale suit d’autres règles : 1/730e du revenu moyen dans la limite de trois plafonds, soit au plus 197,51 € par jour en 2026, du 4ᵉ au 90ᵉ jour d’arrêt.
Le président de SAS reçoit la moitié de son salaire, plafonné depuis avril 2025 à 1,4 SMIC : au plus 42,97 € bruts par jour pour un arrêt commencé depuis juillet 2026, après la même carence.
L’invalidité totale donne 50 % du revenu, dans la limite de la moitié du plafond de la Sécurité sociale. Cela fait environ 24 000 € par an en 2026, soit 2 000 € par mois.
Au décès d’un artisan ou d’un commerçant en activité, le régime verse 20 % du plafond, soit 9 612 € en 2026. S’y ajoutent environ 2 400 € par enfant à charge. Pour un assimilé salarié, c’est 4 009 €.
Aucun de ces montants ne dépend de l’entreprise laissée.
Ce que ça coûte Les droits s’ouvrent par les cotisations versées. Un président de SAS sans rémunération n’en acquiert aucun : ni indemnité, ni pension. Un artisan, un commerçant ou un gérant majoritaire, hors micro-entreprise, paie même sans revenu des cotisations minimales : elles valident trois trimestres de retraite de base par an et maintiennent la couverture invalidité-décès, sans indemnité journalière sous le seuil de revenu.
- Pour qui
- Tout dirigeant, et d’abord celui dont le revenu dépasse les plafonds de son régime : au-dessus de 48 060 € en 2026 pour un artisan ou un commerçant, de 1,4 SMIC pour un président de SAS, les indemnités ne suivent plus. Une profession libérale est indemnisée jusqu’à trois plafonds.
- Ce que ça change
- Prenons un artisan ou un commerçant qui gagne 8 000 € par mois et s’arrête six mois. Le régime obligatoire lui verse de l’ordre de 12 000 € en 2026. Sa prévoyance doit produire le reste, près de 36 000 €, franchise déduite.
- Peut-on revenir en arrière
- Les droits se reconstituent au rythme des revenus déclarés sur trois ans. Une année payée seulement en dividendes non soumis aux cotisations pèse donc trois ans sur les indemnités. Pour un gérant majoritaire, la part de dividendes soumise aux cotisations compte, elle, dans ces revenus.
CSS art. L.622-1 · CSS art. D.622-3 · CSS art. R.323-4 · CSS art. L.341-4 · CSS art. D.632-1 · CSS art. L.361-1
L’entreprise et le couple
Marié sans contrat, l’entreprise créée pendant le mariage avec des fonds communs est commune en valeur : au divorce comme au décès, cette valeur entre dans le partage.
Marié en communauté, le dirigeant gère seul l’entreprise et vote seul. Des parts de SARL ou de société civile lui laissent la qualité d’associé ; des actions de SAS ou de SA sont communes. La valeur des parts acquises pendant le mariage avec des fonds communs entre dans le partage, au divorce comme au décès.
Une séparation de biens change la donne. Une participation aux acquêts aussi, si elle écarte les biens professionnels du calcul, avec maintien prévu en cas de divorce.
Le conjoint qui travaille régulièrement dans l’entreprise doit avoir un statut : collaborateur, salarié ou associé.
Ce que ça coûte Changement de régime par acte notarié, sans délai d’attente. Le statut de conjoint collaborateur est limité à cinq ans.
- Pour qui
- Les dirigeants mariés sous un régime de communauté, et ceux dont le conjoint participe à l’activité.
- Ce que ça change
- Au divorce, une entreprise commune ne revient pas d’office au dirigeant : il peut en demander l’attribution, que le juge n’est jamais tenu d’accorder. Sa valeur entre dans le partage, et la part qui revient au conjoint est souvent une somme à trouver sans vendre, payable comptant si le juge le décide. Un conjoint qui a travaillé sans être déclaré est réputé salarié. Tant que les cotisations ne sont pas régularisées, il n’a validé aucun trimestre de retraite.
- Peut-on revenir en arrière
- Le régime se change à tout moment chez un notaire, avec l’accord des deux époux. En pleine crise de couple, cet accord devient improbable.
C. civ. art. 1401 · C. civ. art. 1397 · C. civ. art. 1569 · C. com. art. L.121-4
La caution et le patrimoine personnel
La société protège son dirigeant, jusqu’à ce qu’il signe une caution.
Une caution personnelle engage les biens du dirigeant à hauteur du montant garanti, même après la liquidation de la société.
Marié en communauté, celui qui se porte caution seul n’engage que ses propres biens et ses revenus. Les biens communs restent à l’abri si le conjoint n’a pas donné son accord.
Depuis 2022, l’entrepreneur individuel a un patrimoine professionnel distinct de son patrimoine personnel. Sa résidence principale est insaisissable par ses créanciers professionnels.
Ce que ça coûte Une caution manifestement disproportionnée aux biens et revenus du dirigeant au jour de la signature est réduite à ce qu’il pouvait réellement garantir.
- Pour qui
- Les dirigeants à qui la banque demande une garantie personnelle, et leur conjoint appelé à signer avec eux.
- Ce que ça change
- C’est par la caution, bien plus que par la société, qu’une faillite de l’entreprise peut atteindre la famille. La signature du conjoint change tout : elle ouvre les biens communs au créancier.
- Peut-on revenir en arrière
- Une caution signée ne se retire pas pour les dettes déjà garanties. Elle ne s’éteint qu’avec la dette ou à son échéance. Sans durée fixée, elle se résilie pour les dettes futures. Son plafond et sa durée sont fixés dans l’acte. Ils ne changent ensuite que d’un commun accord avec la banque, qui n’est pas tenue d’accepter.
C. civ. art. 1415 · C. civ. art. 2300 · C. com. art. L.526-1 · C. com. art. L.526-22
Le compte courant d’associé
L’argent prêté à sa société reste une dette de la société envers vous, payée en liquidation après les salariés, le fisc et les banques qui ont pris des garanties, et seulement s’il reste de quoi.
Laisser des sommes dans la société ou lui prêter de l’argent crée une créance. Elle est remboursable à la demande, sauf clause de blocage.
En liquidation, cette créance n’est payée qu’après les salariés, le fisc, les organismes sociaux et les banques qui ont pris des garanties. Elle passe au même rang que les fournisseurs.
Au décès, elle entre dans la succession pour sa valeur, même si les parts ont été données aux enfants.
Ce que ça coûte Une convention écrite fixe la durée, l’éventuel intérêt et les conditions de remboursement.
- Pour qui
- Les associés qui financent leur société au-delà du capital, et ceux qui préparent la transmission de leurs parts.
- Ce que ça change
- Un compte courant important est un risque en cas de difficulté. Au décès, c’est aussi une créance taxable, facile à oublier quand on transmet les titres.
- Peut-on revenir en arrière
- Le remboursement reste possible tant que la société peut payer ; le compte peut aussi être transformé en capital.
C. com. art. L.643-8 · C. civ. art. 1892
Transmettre à un seul enfant : donation-partage, soulte et démembrement
Un enfant reprend, les autres reçoivent une soulte ou de la nue-propriété : les deux outils qui font tenir l’égalité et l’entreprise ensemble.
La donation-partage attribue les titres à l’enfant repreneur et fige leur valeur au jour de la donation. Cela suppose que tous les enfants vivants ou représentés au décès y reçoivent et acceptent expressément un lot, sans usufruit réservé sur une somme d’argent. Au décès, personne ne réclamera alors la plus-value prise depuis (C. civ. art. 1078).
L’égalité passe par une soulte, versée par le repreneur à ses frères et sœurs. Une holding peut la financer : elle reçoit les titres et emprunte.
Le pacte Dutreil l’admet sous conditions. Les personnes engagées, dont le repreneur, doivent détenir au moins les trois quarts de la holding. L’une d’elles doit la diriger, et la holding doit conserver les titres (CGI art. 787 B, f).
La doctrine administrative répartit alors la valeur exonérée à 75 % entre tous les copartageants, soulte comprise.
Donner la seule nue-propriété est l’autre voie. Les droits portent sur 60 % de la valeur entre 61 et 70 ans, et sur 50 % entre 51 et 60 ans. Au décès, l’usufruit s’éteint sans droits.
Mais la réduction de moitié de l’article 790 disparaît. Et pour garder le Dutreil, les statuts doivent limiter le vote de l’usufruitier à l’affectation des bénéfices.
Ce que ça coûte Un acte notarié. La valeur figée suppose que chaque enfant accepte son lot. Une soulte payable à terme est révisée si la valeur des titres varie de plus du quart d’ici au paiement, par suite des circonstances économiques ; dans une donation-partage, aucune clause ne peut l’écarter.
- Pour qui
- Les parents dont un seul enfant reprend, et ceux qui veulent garder les revenus de l’entreprise tout en transmettant sa valeur.
- Ce que ça change
- Prenons une entreprise de 1 500 000 € transmise à l’un de trois enfants : la soulte est de 1 000 000 €. Sous Dutreil, les droits de toute la fratrie se calculent sur un quart de cette valeur, soit 375 000 €. Les abattements de 100 000 € par enfant s’appliquent ensuite.
- Peut-on revenir en arrière
- La valeur figée est définitive. La soulte se rediscute entre frères et sœurs, pas la donation. Le démembrement ne se défait qu’au décès de l’usufruitier, ou s’il y renonce. Le fisc peut alors traiter cette renonciation comme une donation.
C. civ. art. 1078 · C. civ. art. 1075-4 · C. civ. art. 828 · CGI art. 787 B · CGI art. 790 · CGI art. 669 · CGI art. 1133
Transmettre l’entreprise à ses enfants
Le pacte Dutreil ne fait payer des droits que sur un quart de la valeur, en échange d’engagements.
Le pacte Dutreil réduit de 75 % la valeur taxable des titres transmis, par donation ou par succession, contre des engagements de garder l’entreprise. Les associés signent d’abord un engagement collectif de deux ans. Puis chaque bénéficiaire s’engage seul pour six ans, une durée portée de quatre à six par la loi de finances pour 2026.
L’un des signataires ou des bénéficiaires doit aussi exercer une fonction de direction pendant l’engagement collectif et les trois années qui suivent la transmission.
Quand le donateur a moins de 70 ans et donne la pleine propriété, les droits restants sont encore divisés par deux.
Ce que ça coûte Le pacte se signe avant la transmission ou, après un décès, entre héritiers dans les six mois. Il est réputé acquis quand le dirigeant détient depuis deux ans les seuils requis et exerce dans la société depuis deux ans. Des attestations sont à fournir, et tout manquement fait tomber l’exonération.
- Pour qui
- Les dirigeants qui veulent transmettre une entreprise familiale à un ou plusieurs enfants, de leur vivant ou au décès.
- Ce que ça change
- Sur une entreprise de 1,2 million d’euros, les droits ne portent que sur 300 000 €. En contrepartie, les enfants s’engagent à garder les titres. S’ils vendent trop tôt, les droits économisés sont réclamés, avec intérêts.
- Peut-on revenir en arrière
- Les engagements ne se défont pas sans perdre l’avantage. Quelques opérations restent admises : apporter les titres à une holding qui reprend l’engagement, ou les donner à un descendant qui le poursuit.
CGI art. 787 B · CGI art. 787 C · CGI art. 790
Vendre, ou que l’entreprise survive au dirigeant
Une vente se prépare fiscalement, une absence se prépare juridiquement.
Un dirigeant de PME part à la retraite et vend ses titres. Pour l’impôt sur le revenu, il peut déduire 500 000 € de sa plus-value. Pour cela, il cesse ses fonctions et fait valoir ses droits dans les deux ans qui entourent la vente.
Les prélèvements sociaux restent dus sur tout le gain. Donner des titres avant de les vendre efface la plus-value sur la part donnée, si la donation précède réellement la vente.
Pour que l’entreprise tienne sans lui, plusieurs outils existent.
L’assurance homme clé est versée à la société. Le mandat à effet posthume confie la gestion à une personne choisie. Les clauses des statuts encadrent l’arrivée des héritiers.
Ce que ça coûte Pour l’abattement retraite, il faut avoir dirigé la société pendant les cinq ans précédant la vente, en y détenant au moins 25 % des droits. Elle doit aussi rester une PME au sens européen. Le mandat à effet posthume est un acte chez un notaire. La loi ne l’admet que pour un motif sérieux, comme la gestion d’une entreprise.
- Pour qui
- Les dirigeants à moins de dix ans de la retraite, et tous ceux dont l’entreprise repose sur eux seuls.
- Ce que ça change
- Une vente décalée d’un an peut faire perdre l’abattement. Un décès sans rien de prévu peut laisser l’entreprise sans décideur pendant des mois, le temps de régler la succession.
- Peut-on revenir en arrière
- Les statuts et le mandat se modifient tant que le dirigeant en est capable. Une fois la vente signée, le calendrier ne se rattrape plus.
CGI art. 150-0 D ter · LPF art. L.64 · C. civ. art. 812 · C. com. art. L.223-13
La garantie d’actif et de passif, ligne à ligne
Plafond, franchise, durée, déclarations : la garantie décide de ce qui reste du prix trois ans après la vente.
La garantie couvre les dettes nées avant la vente et révélées après : redressement fiscal ou Urssaf, litige prud’homal, créance client irrécouvrable.
Ses paramètres se chiffrent. Le plafond s’exprime en pourcentage du prix. La durée est calée sur le délai de reprise du fisc, jusqu’à la fin de la troisième année suivant la vente.
S’y ajoute une franchise, en deçà de laquelle rien n’est dû, ou un seuil au-delà duquel tout est dû dès le premier euro.
Le vendeur la borne par ses déclarations : ce qui figure dans les annexes n’est plus garanti. L’acheteur obtient une garantie de la garantie : séquestre d’une partie du prix, caution bancaire ou assurance.
L’indemnité est versée à l’acheteur, ou à la société pour combler le passif. Elle réduit le prix et ouvre droit au remboursement de l’impôt correspondant (CGI art. 150-0 D, 14).
Ce que ça coûte Une clause de l’acte de cession, ou une convention annexée signée le même jour. Toute mise en jeu suppose une notification dans le délai prévu, pièces à l’appui.
- Pour qui
- Tout vendeur de titres, et tout acheteur. Sans garantie, l’acheteur n’a que la garantie légale d’éviction et les vices cachés, presque inopérants pour des titres.
- Ce que ça change
- Prenons une vente à 2 000 000 €, avec un plafond de 20 % et un séquestre de 10 %. Pendant trois ans, 400 000 € restent en jeu, dont 200 000 € indisponibles. Un redressement de 150 000 € en absorbe la plus grande part. Si la plus-value de la vente a été imposée en entier au taux forfaitaire de 31,4 %, il fait récupérer, par une réclamation, près de 47 000 € d’impôt et de prélèvements.
- Peut-on revenir en arrière
- La garantie s’éteint à son terme. Les déclarations, elles, ne se corrigent plus après la signature. L’indemnité, versée à l’acheteur ou à la société pour combler le passif, réduit le prix de cession. L’impôt correspondant se récupère par une réclamation, au plus tard le 31 décembre de la deuxième année suivant celle où le versement devient définitif.
C. civ. art. 1103 · C. civ. art. 1626 · LPF art. L.169 · CGI art. 150-0 D, 14 · BOI-RPPM-PVBMI-20-10-10-30
Les articles qui développent ce sujet
Techniques avancées
Ces structurations existent dans les cabinets spécialisés. Elles se préparent avec un avocat et un expert-comptable, et ne s’adressent pas à toute entreprise.
La holding animatrice
Une société mère qui détient les filiales et participe activement à leur politique, avec des moyens réels, est dite animatrice.
Ses titres deviennent éligibles au pacte Dutreil, à l’abattement du dirigeant partant en retraite et au régime des biens professionnels. Une holding passive n’ouvre droit au Dutreil que de façon limitée, par interposition et à proportion de ses participations opérationnelles.
L’animation se prouve par une convention, des prestations facturées et des décisions documentées.
CGI art. 787 B ; BOI-ENR-DMTG-10-20-40-10
L'owner buy-out, ou vente à soi-même
Le dirigeant vend son entreprise à une holding qu’il crée et contrôle, financée par emprunt. Il encaisse une partie de la valeur aujourd’hui, et la holding rembourse avec les dividendes de la société.
La plus-value est imposée lors de la vente, à 31,4 % en 2026. L’abattement du dirigeant partant à la retraite ne s’applique pas : il est exclu quand le vendeur détient des droits dans la société qui achète.
Le montage exige un motif autre que fiscal. Faute de quoi, l’administration peut le qualifier d’abus de droit.
CGI art. 150-0 A ; LPF art. L64 et L64 A
L'exit tax et son sursis
Un dirigeant qui transfère son domicile hors de France peut être imposé sur les plus-values latentes de ses titres. Cela suppose six ans de résidence sur les dix dernières, et des titres dont la valeur dépasse 800 000 € ou 50 % d’une société.
Le sursis de paiement est automatique vers un État de l’Union, ou lié à la France par des conventions d’assistance administrative et de recouvrement.
L’impôt s’efface si les titres sont conservés deux ans, ou cinq ans au-delà de 2,57 millions d’euros.
CGI art. 167 bis
Les murs de l’entreprise, la SCI et l’IFI
L’immobilier affecté à l’activité du redevable est exonéré d’IFI, en direct ou via une SCI qui loue à sa société d’exploitation.
Deux conditions. Il y exerce une fonction de direction rémunérée normalement, cette rémunération faisant plus de la moitié de ses revenus professionnels. Et il détient au moins 25 % des droits de vote, ou des titres valant plus de la moitié de son patrimoine.
L’exonération suit l’usage, pas la forme. Elle cesse avec les fonctions.
Des murs plus grands que l’activité, ou loués à un tiers, sont taxables pour cette fraction. Loués à sa société d’exploitation, ils ne sont exonérés qu’à hauteur de sa participation dans celle-ci.
CGI art. 965 · 966 · 975
La trésorerie placée, et le risque de la société patrimoniale
Placer la trésorerie excédentaire en compte à terme, fonds ou SCPI est possible. Les gains sont imposés à l’impôt sur les sociétés. Les fonds, hors fonds actions, le sont chaque année sur leur plus-value latente.
Mais une trésorerie de placement qui excède durablement les besoins de l’exploitation fait douter du caractère opérationnel de la société. Dutreil et abattement du dirigeant partant en retraite se perdent en bloc si l’activité civile devient prépondérante.
CGI art. 209 · 787 B · 975
Préparer vos échanges
Avant de décider
Ces onze points concernent toutes les formes d’entreprise. Mais leur portée change selon votre statut, votre régime matrimonial, vos associés et la valeur de l’affaire.
Ce guide les décrit en général. Votre expert-comptable, un avocat ou un notaire les mettent en place pour votre entreprise et votre famille.
À demander aux professionnels
- Ma rémunération est-elle bien répartie entre salaire et dividendes ?
- Mes biens personnels sont-ils à l’abri des dettes de l’entreprise ?
- Que deviendraient ma famille et l’entreprise si je ne pouvais plus travailler ?
Les documents à réunir
- Les statuts de la société et, s’il existe, le pacte d’associés
- Votre contrat de mariage, ou la mention « sans contrat »
- Les contrats de prévoyance et d’assurance homme clé, avec leurs clauses
- Les cautions personnelles signées, avec leurs montants et leurs échéances
- Le relevé de votre compte courant d’associé
- La dernière évaluation de l’entreprise, s’il en existe une
Deux questions sur le sujet
Karim, 52 ans, marié et père de deux enfants, dirige une société de services qui vaut 800 000 € sur le papier. C’est l’essentiel de son patrimoine. Il n’a ni assurance-vie ni épargne de côté, tout est réinvesti dans l’affaire.
Quel est le risque principal de cette situation pour sa famille ?
- Aucun : la société vaut 800 000 €, sa famille les récupérera
- Une société sans son dirigeant vaut moins, et se vend en mois ou en années, pas en jours
- Le risque est fiscal : ses héritiers paieront 60 % de droits
Voir la réponseMasquer la réponse
Un patrimoine qui tient dans une seule entreprise tient à une seule personne. La valeur d’une société de services repose largement sur son dirigeant : clients, savoir-faire, relations. Sans Karim, elle perdrait de la valeur avant même d’être mise en vente. Et une entreprise ne se vend ni vite ni à coup sûr. Les droits de succession, eux, se paient dans les six mois d’un décès en France métropolitaine.
CGI art. 787 B · CGI art. 1701 · CGI ann. III art. 397 A · CGI ann. III art. 404 GC
L’explication complète
Au décès d’un dirigeant, ses héritiers ont six mois après un décès en France métropolitaine ou dans le département d’outre-mer où il vivait, en général un an dans les autres cas, pour déposer la déclaration de succession et payer les droits, calculés sur la valeur vénale de l’entreprise au jour du décès, estimée par exemple par un multiple du résultat ou du chiffre d’affaires ; pour une société de services dont la clientèle et le savoir-faire tiennent au dirigeant, une décote pour dépendance à l’homme clé peut être retenue au cas par cas, à justifier par une évaluation, et la jurisprudence admet, selon les espèces, que la valeur s’apprécie sans l’apport du défunt. Sans dispositif, si les 800 000 € reviennent en pleine propriété et à parts égales aux deux enfants, le conjoint exonéré ne recueillant rien de la société et chacun disposant encore de son abattement de 100 000 €, les droits sont d’environ 58 000 € par enfant, sur 300 000 € de base chacun ; une part attribuée au conjoint, un démembrement ou une donation de moins de quinze ans changent ce calcul. Avec le pacte Dutreil, 75 % d’exonération sur la valeur affectée à l’activité si un engagement collectif existe ou est réputé acquis, ou si les héritiers en concluent un dans les six mois du décès, entre eux ou avec d’autres associés, et qu’un héritier reprend la direction trois ans et conserve les titres six ans après la fin de l’engagement collectif, les droits tombent à zéro : 25 % de 400 000 €, soit 100 000 € par enfant, couverts par l’abattement.
Les exceptions
Les droits sur la transmission d’une entreprise individuelle entière, ou de parts d’une société opérationnelle non cotée quand chaque héritier en reçoit au moins 5 %, peuvent être différés cinq ans, pendant lesquels seuls des intérêts sont dus, puis fractionnés sur dix ans en versements semestriels ; le taux d’intérêt est réduit des deux tiers quand chaque héritier reçoit plus de 10 % du capital ou que plus du tiers du capital est transmis, ce qui est le cas des enfants de Karim ; la demande se fait avec la déclaration, avec des garanties, et évite la vente forcée. Vendre une PME de services prend du temps, et le prix peut chuter si le dirigeant n’est plus là pour transmettre ses clients. Trois protections : une assurance décès temporaire souscrite par Karim au profit de sa famille, qui paie les droits et le temps ; une épargne hors entreprise, assurance-vie, qui diversifie ; et un pacte Dutreil ou un engagement réputé acquis préparé, avec un successeur identifié.
Ce que ça change chez vous
Pour Karim, une famille qui, sans lui, hériterait d’une société qui perd une grande part de sa valeur en quelques mois, de droits à payer dans le même délai, et d’une vente à négocier sans lui ; avec 500 000 € d’assurance décès, versés hors succession, les quelque 116 000 € de droits de l’exemple sont payés et il reste près de 384 000 €, avant la fiscalité éventuelle du contrat, pour faire vivre la famille le temps de vendre la société sans urgence, selon ses charges. L’assurance-vie alimentée chaque année par ses dividendes construit le second patrimoine ; le pacte Dutreil, signé avec un cadre repreneur ou un enfant, prépare une transmission taxée sur le quart de la valeur affectée à l’activité. Trois documents, dont un seul coûte de l’argent.
Nadia est gérante majoritaire, donc travailleuse non salariée. Elle se casse la jambe et se retrouve arrêtée quatre mois. Elle n’a pas de contrat de prévoyance.
Que lui verse son régime obligatoire pendant ces quatre mois ?
- Rien du tout : un indépendant n’est pas couvert en arrêt de travail
- Le maintien de sa rémunération habituelle
- Des indemnités journalières faibles et plafonnées, après un délai de carence
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Nadia est couverte, mais pas à la hauteur de son train de vie. Une travailleuse non salariée touche des indemnités journalières, versées après un délai de carence. Elles sont calculées sur un revenu moyen plafonné. L’écart avec sa rémunération habituelle est donc considérable, et il se creuse à mesure que le revenu est élevé.
CSS art. L.622-1 · CSS art. D.622-3
L’explication complète
La gérante majoritaire de SARL relève du régime des travailleurs non salariés : en cas d’arrêt de travail, la Sécurité sociale des indépendants lui verse des indemnités journalières égales à 1/730 du revenu d’activité annuel moyen des trois dernières années, retenu dans la limite du plafond annuel de la Sécurité sociale, 48 060 € en 2026, soit 65,84 € par jour au plus, après une carence de trois jours, pour 360 jours sur trois ans ; avec un revenu cotisé moyen de 60 000 € sur ces trois années, Nadia touche le maximum, près de 2 000 € bruts pour trente jours indemnisés, contre 5 000 € de rémunération habituels ; avec 30 000 € de revenu moyen, environ 1 230 € ; la rémunération de l’année en cours ne suffit pas à le dire ; un revenu inférieur à 10 % du PASS moyen des trois années, 4 582 € en 2026, ne donne rien, et l’affiliation doit dater d’un an. Les indemnités sont imposables et soumises à la CSG ; hors affection de longue durée exonérante, elles entrent aussi dans l’assiette des cotisations. À l’expiration des indemnités ou en cas de stabilisation, la pension d’invalidité est de 30 % ou 50 % du revenu moyen plafonné, environ 2 000 € par mois au plus en 2026.
Les exceptions
La société peut continuer de verser sa rémunération de gérance pendant l’arrêt, décision des associés, ce qui coûte à la trésorerie sans travail en face et reste soumis aux cotisations. Un contrat de prévoyance Madelin verse des indemnités fixées au contrat, souvent forfaitaires, après une franchise, pendant une durée limitée, puis une rente d’invalidité, et un capital décès ; ses cotisations sont déductibles du bénéfice ou de la rémunération dans la limite de 3,75 % du revenu plus 7 % du PASS, sans dépasser 3 % de huit PASS, et ses prestations imposables ; la définition contractuelle de l’incapacité et de l’invalidité, professionnelle ou fonctionnelle, et les exclusions, dos, psychisme, décident de ce qu’il paie.
Ce que ça change chez vous
Pour Nadia, à 5 000 € par mois, près de 2 000 € bruts d’indemnités par mois en 2026 pendant quatre mois, carence déduite, environ 12 000 € de manque avant prélèvements, plus une société qui tourne sans elle et peut-être sans chiffre d’affaires ; un contrat Madelin à 150 € par jour avec franchise de 30 jours aurait versé de l’ordre de 13 500 € sur les trois derniers mois, contre une cotisation déductible, et une garantie frais généraux aurait couvert le loyer et les charges de la société. Le contrat se souscrit avant la jambe cassée, avec un questionnaire de santé ; après, il ne couvre pas ce qui est déjà arrivé.
Les mots à connaître
Un engagement de conserver les titres d’une entreprise familiale qui permet de la transmettre avec une exonération de droits sur 75 % de sa valeur. Il suppose des engagements collectifs puis individuels de plusieurs années.
Une option du régime micro-entrepreneur, sous condition de revenus. L’impôt sur le revenu se paie alors en même temps que les cotisations, en pourcentage du chiffre d’affaires. Il remplace le barème appliqué l’année suivante.